MÉTÉORE LUMINEUX

QUI A PARU EN LORRAINE LE 4 MAI 1843

PAR M. LE DOCTEUR DE HALDAT

 

.Dès les premiers jours, après son retour de Paris à Nancy, (27 mai), M. le docteur de Haldat, fit insérer dans les journeaux du département, adressa aux professeurs de physique des collèges communaux et à plusieurs personnes qui lui avaient été indiquées dans l'arrondissement de Nancy et les arrondissements circonvoisins, une lettre par laquelle il les invitait à lui fournir sur le météore qui avait eu lieu le 4 mai, les renseignements qu'ils croiraient propres à satisfaire un voeu exprimé par l'Académie des sciences de l'Institut.
..Comme à l'heure où il paru, il est peu de personnes dans nos villes de province et dans nos campagnes, qui ne se soient livrées au sommeil, le nombre des observateurs n'a pu être que fort limité, et malheureusement encore un très-petit nombre parmi ces personnes possédait les connaissances nécessaires pour l'observer avec fruit. Cependant, au moyen des détails recueillis par M. le docteur Simonin père, par M. l'abbé Morquin, professeur de physique à Saint-Dié, et surtout d'après une lettre de M. François, maire de Rouves près de Nomeny, à 28 kilomètres de Nancy, qui a été témoin du phénomène et l'a suivi avec soin ; enfin, d'après les renseignements obtenus de plusieurs témoins qui ont été interrogés, on a constaté les faits qui suivent.
..Le 3 mai 1845, le ciel fut nébuleux pendant le jour ; la hauteur du baramètre était de 734 millièmes, la température moyenne + 10° 1/4 ; le vent venait de l'ouest. Vers le soir, le ciel s'éclaircit, devint serein et se maintint le mêmependant toute la soirée.
..Tel était l'état des choses quand le lendemain, 4, à deux heures ou deux heures et quart, apparut subitement une lumière si éclatante, qu'elle attira l'attention de toutes les personnes alors éveillés, soit qu'elles fussent en situation d'en recevoir directement ou indirectement les rayons ; elle frappa de terreur plusieurs d'entre elles, en réveilla d'autres et effraya tellement les chevaux d'une voiture publique venat de Metz, qu'elle fut entraînée dans la berge, où elle versa entre Pont-à-Mousson et Nancy. Une voiture particulière, venant de Sarrebourg, faillit épouver un accident semblable. L'éclat du météore, source de cette immense lumière, dût être bien intense, puisque les détails donnés sur sa splendeur par des observateurs éloignés de quatre vingts kilomètres, ne présentent aucune différence appréciable. M. le maire de Rouves à huit kilomètres de Nomeny et l'abbé Morquin de Saint-Dié, le comparent l'un et l'autre au soleil à midi, dans les beaux jours du printemps. Plusieurs personnes réveillées par cet éclat subit ont déclaré avoir momentanément distingué tous les meubles de leur appartement, ceux mêmes de petit volume, et un postillon a dit avoir reconnu tous les chevaux d'une écurie qui en contenait vingt-cinq et qui a 22 mètres de longueur. Cet éclat prodigieux paraît avoir duré trois à quatre secondes, sans diminution.
..L'étendue du météore a été estimée de quatre à cinq mètres en longueur, et de trois à quatre en largeur ; sa forme apparente était celle d'une ellipse dont le grand axe était dirigé de l'ouest à l'est. Son milieu, dit M. François, formait une bande uniforme très-brillante, qu'il compare à l'éclair électrique ; la longueur de la bande était moindre que le grand diamètre de l'ellipse lumineuse, et il attribue à cette bande une largeur de douze centimètres. Elle était environnée de gerbes de flammes continues, mêlées de rouge etde jaune. Il compare encore le milieu du météore à du verre en fusion, et le contour a une poutre brûlant avec éclat. La marche horizontale en apparence était dirigée de l'ouest à l'est, et assez lente pour ne parcourir qu'un kilomètre par minute. Elle en avait employé deux pour franchir l'intervalle qui sépare le village de Clémery de la petite ville de Nomeny, au sud de laquelle il a passé.
..Les rapports sur l'origine du météore ne sont pas concordants. Quelques personnes assurent avoir entendu une explosion, des bruits sourds ou éclatants avant son apparition. Quoi que le fait soit contesté, cependant les circonstances rapportées par celles qui déclarent avoir ouï du bruit mérite confiance.
..La couche atmosphérique parcourue par le météore pourrait être déterminée approximativement, si les observations étaient plus précises et si elles avaient été faites simultanément en des lieux plus distants les uns des autres que ne le sont ceux d'où sont parvenus les rapports. Dans l'impossibilité d'employer d'autres moyens, nous trouvons une approximation qui nous paraît admissible, en prenant en considération la distance de Saint-Dié à Nomeny, et la hauteur des Vosges, qui est de 1400 mètres environ. Comme Nomeny ou des environs de Nancy on aperçoit les sommets des hautes Vosges, nous pensons que l'élévation du météore observé de ces deux points en même temps, ne peut guère être estimée au-dessous de 600 à 700 mètres ; ce que confirment d'autres distances de 200 kilomètres ou 50 lieues d'où il a été aperçu selon quelques rapports.
..L'observateur qui nous a fourni le plus de détails, M. François, croit avoir reconnu une augmentation sensible de température de l'air après l'apparition ; température qui aurait subsisté pendant une heure.
..Le même jour, vers cinq heures du matin, un autre phénomène, sans doute indépendant du premier a eu lieu. Un parhélie fort remarquable a été observé et assez exactement décrit par plusieurs personnes.
..Les météores de la classe de celui qui est le sujet de cette noctice sont sans doute plus nombreux qu'on ne le croit ; car, le 5 décembre 1842, une observation fort analogue a été faite à Nancy et aux environs de cette ville par plusieurs personnes, qui ont unanimement déclaré avoir observé, le jour que nous indiquons, l'apparition d'un corps lumineux qui a répendu un grand éclat et qui a offert une bande lumineuse dirigée du nord-ouest au sud-est. Sa largeur était d'environ un demi-mètre, bordée de flammes tremblottantes qui ont duré quatre à cinq secondes. D'après les renseignements recueillis par M. Gaiffe, opticien à Nancy, l'apparition a été subite ; mais l'éclat n'a diminué que lentement. Cet éclat et l'élévation dans l'atmosphère paraissent se rapprocher des circonstances du phénomène du 4 mai, les mêmes observations ayant été exactement faites à Saint-Dié, à Nancy et Rembervillers.
..Postérieurement aux renseignements principaux recueillis sur notre météore, on a acquis la certitude qu'il avait été observé aux environs de Verdun et de Vesoul.

 

(Mémoires de la Société Royale des Sciences, Lettres et Arts de Nancy - 1843 ; Grimblot, Raybois et Cie, Imprimeurs-Libraires, 1844 ; bibliothèque municipale de Nancy)

 

Blason de Pompey permettant le retour à la page d'accueil