..Dans les " notes de guerre " du Général Larcher, nous pouvons relevés certains passages concernant Pompey et ses environs. Au début de l'année 1917, il assume un commandement dans l'Aisne :

 

Jeudi 15 février 1917 . Bobillot - Bourges .
..-6°. Soleil superbe.
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..Je reçois une lettre du président Martz qui me narre le fait suivant qu'il me dit tenir d'une source sûre: lors d'un des premiers bombardements de Frouard, les artilleurs du secteurs ont demandé par téléphone l'autorisation de contrebattre qu'on leur a donné. Ils ont alors demandé un avion de réglage, a quoi l'officier de qui dépendait l'ordre à donner a répondu : " Il fait trop froid, et il y a trop de vent ; nos avions ne sortent pas par un temps pareil". Il faisait en effet très froid et la bise était violente, mais il y avait justement en l'air au moins quinze avions allemands évoluant sur la région bombardée et y jetant eux-mêmes des bombes !
..Les communiqués annoncent que la région de Dunkerque a été bombardée par un avion allemand : ni victime, ni dégats. La région de Pompey a reçu également des projectiles : 2 personnes de la population civile ont été tuées, 2 autres blessées. Nancy a également été bombardée par avions ce matin.

Le Général Larcher bénéficie d'une permission, il prend le train pour Nancy le jeudi 31 mai 1917.

 

Dimanche 3 juin 1917 .
..A Nancy, tirs contre avions à 11 heures et à 14 heures.

 

Lundi 4 juin 1917 .
..A Nancy, nuit des plus bruyantes. A partir de 22 heures 1/2, canonnade d'autos canons dans les rues de sorte qu'on ne distingue plus la chute des bombes. Mais il paraît que la consigne veut qu'on cache la présence à Nancy d'une section d'autos-canons, et, le matin, j'entends le général Fay, vieille ganache qui commande à Nancy, dire : " Mais c'est inexacte, il n'y a pas d'autos-canons à Nancy, c'est une légende. "
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..A Nancy, dans la journée, tir sur taubes.

 

Mardi 5 juin 1917 .
..Encore une nuit bruyante à Nancy. Tir d'autos-canons dans les rues. Deux avions boches sont exposés place Stanislas, dont un grand triplace.

 

Mercredi 6 juin 1917 .
..Nuit calme, sauf un orage violent.

 

Vendredi 8 juin 1917 :
..Ma permission est terminée. Je prends à 7 heures le train pour Paris et voyage avec Renker conseiller à la Cour. Nous passons en gare de Toul quelques minutes après qu'une bombe a été lancée par un taube sans résultat.

..Arrivé à Villers-Cotterets, il apprend que le P.A.D. 39 a été déplacé en Lorraine. Il reprend le train de 8 heures à la gare de l'Est pour Nancy. Il y rencontre le brigadier Huon, de la 1ère S.M.I. allant en permission, qui lui dit que le P.A.D. 39 est à Méréville. Puis il se déplace sur Malleloy.

 

Dimanche 1er juillet 1917 .
..Temps très couvert. La pluie se met à tomber très fine dès le matin. J'ai fait demander les emplacements de batteries contre avions :

N° 8 Frouard
N° 67 Mont Saint-Jean
N° 69 Sainte-Geneviève
N° 73 La Rochette
N° 74 Atton
N° 89 Custines
N° 107 Bouxières A-D

2 canons
1 canon
1 canon
1 canon
2 canons
2 canons
2 canons

..Les gens du pays raconte que Jezoncourt, à l'ouest de Dieulouard a été bombardé par bombes asphyxiantes et que tous les habitants du village sont morts. Il y a peut-être du vrai, avec pas mal d'exagération.

 

Mercredi 4 juillet 1917 .
..La nuit a été très claire. Pleine lune. Dès 22 heures, les avions boches commencent à circuler très bas, mitraillant vigoureusement et accueillis par de bruyants mais inoffensifs tirs de barrage. L'opération se produit 5 fois entre 22 et 2 heures. Des bombes ont été jetées, mais assez loin, probablement à Pompey. Le matin, le ciel est couvert et il pleut.
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..Je monte à cheval à 13 heures, mais suis obligé de rentrer pour éviter un orage sérieux qui ne tarde pas. Je vois le sous-lieutenant Adam qui me dit que des bombes sont tombées cette nuit à 100 mètres du dépot de grenades de la gare de Custines. D'autres, assez nombreuses, sont tombées sur les usines de Pompey. Pas de victimes et peu de dégats.
..L'infirmier Leclerc qui revient de Custines prétend avoir vu le Général de Castelnau, le Général Cadorna et autres huiles. A 17 heures 45, un avion boche passe au-dessus de Malleloy, allant du nord-ouest au sud-est, et se fait canonner sans résultat. Il se perd dans les nuages. Nous entendons bombarder les usines de Pompey par pièce à longue portée.

 

Samedi 7 juillet 1917 .
..Nuit très bruyante. De 22 heures à 3, les avions boches circulent et jettent torpilles et bombes. Ils passent à 100 mètres de hauteur, poursuivis par nos tirs naturellement inefficaces. Des abris ont été construits par le Génie à Malleloy ; mais ils sont tellement inondés que seuls peuvent y accéder les habitants bons nageurs. Le matin, j'apprends qu'une torpille est tombée sur une écurie de l'E.M.R. devant la gare de Custines, a tué 8 chevaux et en a blessé 8 autres. Je monte à cheval et j'y vais. L'écurie construite en bois léger n'existe plus. Les tôles, déformées et tordues, on été projetées à 50 ou 60 mètres de là. Les 8 chevaux sont déchiquetés en petits morceaux et des morceaux de viande pendent aux arbres du voisinage. Les 8 chevaux blessés ne me semblent pas l'être grièvement. Ils ont des éclats sur tout le corps, mais les organes vitaux ne paraissent pas avoir été lésés. Dans l'écurie

Photo 1 - bombe sur Custines...Photo 2 - bombe sur Custines

volatilisée se trouvaient deux hommes couchés entre des sacs d'avoine. Ils n'ont pas une égratignure ; mais un sergent du Génie a été tué dans une baraque à cent mètres de là. Un rail devant la gare a été coupé en deux. Les fils téléphoniques pendent de tous côtés. Nous en verrons bien d'autres quand sera complétement installé le dépot entre Custines et Faulx. Ce sont précisément mes meilleurs chevaux qui ont été tués.

 

Vendredi 13 juillet 1917 .
..Nuit agitée. A 22 heures 1/2 le bourdonnement des avions commence. Les nôtres tournent et disparaîtrons dès que les Boches arriveront, ce qui ne tarde pas. Le tir commence ; j'entends 4 bombes tomber dans la direction de Pompey. Mais nos batteries tirent des obus traceurs dont le sifflement est inquiétant. Le major de cantonnement de Custines me fait prévenir qu'une maison brûle et me demande la pompe de Malleloy ; je ne puis la lui envoyer pour la bonne raison que la commune n'en possède pas. La séance se prolonge jusqu'à une heure du matin. Le matin, je monte à cheval et vais à Custines. Un obus traceur a mis le feu à une grange pleine de foin appartenant à un nommé Thiébaut. Deux péniches ont été coulées sur le canal à Pompey par les bombes boches. A 8 heures, un avion allemand se promène majestueusement et on brûle pour 40 ou 50.000 francs d'obus.
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..A 11 heures 30, un avion boche se promène poursuivi vainement par nos obus, quand je le vois faire un demi-tour rapide que je m'explique pas tout d'abord. Mais ce sont deux avions français qui se sont décidés à s'élever de la côte de Malzéville et qui commencent à lui donner la chasse. La lutte dure 20 minutes. L'avion boche descend poursuivi par un des nôtres et nous les perdons de vue derrière les côtes dans la direction de Pont-à-Mousson. Deux heures après, on dit que le boche a été abattu. Est-ce vrais ?
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..Le ciel est découvert. La séance s'ouvre à 22 heures 45. Premier avion, canon, mitrailleuses.

 

Samedi 14 juillet 1917 .
..La séance s'est prolongée jusqu'à 2 heures. A intervalles variables de 5 minutes à un quart d'heure, les avions boches sont passés poursuivis vainement par des tirs de 75 et de mitrailleuses. On semble cependant avoir renoncé aux obus traceurs. Dès le matin, combat d'avions. Les hommes prétendent qu'un avion boche est descendu. Je monte à cheval à 8 heures et monte sur la côte vers le Haut-Bois. Mais par 3 fois, il me faut m'abriter sous les arbres pour éviter les culots. En rentrant à Malleloy, on me montre le trou formé par la chute de l'un d'eux qui a failli tuer Duchateau.
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..Toute la matinée, une pièce à longue portée, croyant tirer sur les usines, a bombardé Frouard où elle a démoli la maison d'un marchand de vins. Des bombes ont été lancées cette nuit ; une femme a été tuée. Plusieurs bombes sont tombées à Bouxières-aux-Dames, notamment dans le jardin de la popote de Schmid.

 

Mardi 17 juillet 1917 .
..Bulletin de renseignements 196 du 15 juillet : " De 6 heures à 7H 50 et de 9 heures 05 à 9H 50, la pièce à longue portée de la Hautonnerie a tiré 55 obus de 240 vers Frouard et Pompey. Nous avons riposté sur la pièce en action et exécuté des tirs de représailles sur les usines de Chateau-Salins. Un avion ennemi a été abattu en combat aérien au nord de Morville-sur-Seille."

 

Mercredi 25 juillet 1917 .
..Je vais par une chaleur torride au dépot de la Grande Garenne. J'y arrive au moment où deux prisonniers employés aux travaux viennent de jouer la fille de l'air. Ce sont deux crapules qui n'en sont pas à leur première évasion. Le sous-officier me confirme que, cette nuit, une bombe est tombée à Champigneulles sur la maison du directeur de la brasserie, Tramptich. On a dit qu'un avion boche avait été descendu sur l'usine de Pompey, mais le fait n'est pas établi.
..Bulletin de Renseignements n°204 du 23 juillet : 2 avions ennemis ont été abattus, l'un près de Flirey par notre artillerie antiaérienne, l'autre en combat aérien à l'est d'Emberménil. L'aviateur pris à Flirey dit connaître approximativement nos emplacements de D.C.A. visible malgré le camouflage quand on les survole verticalement. La région qui s'étend entre Saint-Mihiel et Pont-à-Mousson est réputée dangereuse, surtout entre Mamey et Bernécourt. Les Allemands cherchent à détruire, coûte que coûte, nos pièces contre avions. La D.C.A. allemande aurait l'ordre de ne pas gaspiller les munitions. On devrait bien en faire autant de notre côté !
..A 19 heures, orage ; on peut se coucher et dormir paisiblement.

 

Jeudi 26 juillet 1917 .
..Temps brumeux et couvert. Je vais à Nancy en bécane.
..Le Bulletin de renseignement n°205 du 24 juillet constate que le 24, l'artillerie allemande a bombardé sans résultat matériel nos batteries de Ville-au-Val et exécute un tir de destruction sur une de nos batteries de la région de Valhey. De 6 heures 05 à 9 heures 35, une pièce à longue portée ennemie a tiré 101 obus de 240 sur Frouard. Nous avons riposté immédiatement sur la pièce en action et exécuté des tirs de représailles sur les usines de Chateau-Salins. (Nombreux coups au but.)
..Bien que le temps soit clair, pas d'avion.

 

Vendredi 10 août 1917 .
..Je monte à cheval et vais au dépot de la Grande Garenne. Adam me raconte qu'il y a quelques jours, un civil rôdait à Pompey et demandait où tombaient les projectiles et les bombes des Boches. Des gens répondaient sans défiance. Mais un enfant qui écoutait alla trouver un gendarme et lui désigna l'individu qui était étranger à la commune. Arrêté, il fut trouvé porteur de papiers allemands et avoua.

 

Mercredi 17 octobre 1917 . Savary - Somme .
..Barbier revient ce matin de Nancy et nous annonce des dégâts considérables causés par les bombes hier soir. Je prends le tramway à 5 heures 1/2 et vais à Nancy. La gare a été arrosée. Une bombe a creusé un trou à l'endroit précis où était tombé un obus en janvier 1916 contre le pont Saint-Jean. Une autre bombe est tombée au pied du mur de la villa St-Jean qu'elle a écornée. Le trou est plein d'eau et les employés de la gare le vident avec une pompe. Les cafés voisins de la gare n'ont plus une vitre. D'énormes morceaux de béton ont été lancés sur le pont. Au coin de la rue Saint-Léon, la maison du docteur Spillmann achève de brûler. La maison au coin de la rue du Lavoir-St-Jean est très atteinte. Rue de la Visitation, chez le droguiste Rossfelder, une bombe tombée sur le laboratoire a mis le feu. Une autre bombe tombée au milieu de la maison Majorelle rue Saint-Georges a fait des ravages énormes et à vidé l'immeuble. L'épicerie Louis Dix-neuf est fermée. Partout sur la chaussée , des débris de glace. Je rencontre le Docteur Macé qui me dit que, rue Sainte-Marie, près de l'Ecole des Beaux-Arts, les dégats sont considérables. Chez moi, rien de cassé. Je rentre à Frouard à 11 heures 1/2 après une altercation avec un voyou du tramway.
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..A 14 heures, nous voyons partir 3 escadrilles françaises de 13, 12 et 9 appareils. A 14 heures 1/2, un avion allemand est attaqué par un des nôtres au dessus de Pompey. L'avion boche prend feu et commence à descendre. Vivement, je fais sceller mes chevaux et pars aussitôt pour aller assister à la chute. Je traverse la Moselle et monte au dessus de Millery. Je finis par rejoindre les débris de l'avion dans les vergers sur la côte de Morey. Un des aviateurs a sauté et s'est écrasé dans les prés de la rive gauche. Le pilote est un capitaine boche d'un beau roux. Il a ses chaussettes et les manches de sa veste brûlés. Il a la tête coiffée d'un passe-montagne et gît dans une mare de sang. L'appareil est presque complètement brûlé. Je redescends par Millery. On dit qu'un troisième allemand aurait aussi sauté et serait tombé dans les bois. La population manifeste une énorme satistaction et des femmes qui tomberaient en pamoison devant une écorchure, se réjouissent de la vue du cadavre de l'allemand. Je rentre à Frouard pour la nuit. Dès 19 heures, le canon et les sirènes se font entendre. A 20 heures, nos escadrilles rentrent. Toute est calme pour 21 heures.

 

Vendredi 19 octobre 1917 . Adam - Aisne.
..Temps brumeux sans pluie. Le 2me groupe du 39e vient cantonner à Frouard.
..Les communiqués du 18 disent : " Hier soir, vers 18 heures 30 des avions ennemis ont fait une nouvelle incursion sur Nancy et lancé plusieurs bombes. Quelques victimes dans la population civile. Au cours de la journée du 17, 6 avions allemands ont été détruits et 5 sont tombés désemparés dans leurs lignes. Notre aviation de bombardement a effectué plusieurs sorties. Les gares de Courcelles, de Thionville, de Mézières, de Novéant et Wavrille, les usines d'Hagondange, de nombreux dépôts de munitions et des bivouacs ont été copieusement arrosés de projectiles."
..Bombardement de Nancy du 17 octobre : une bombe rue de Serre, une rue du Grand Verger 20 ; une devant le 19 de la rue du Grand Verger ; une sur le paté de maisons 47-49-51 même rue ; une rue de l'Oratoire 7 ; 6 sur le cimetière de Préville ; une devant le 61 de la rue de Laxou ; une rue Jules Ferry 9 ; une dans le jardin du 82 rue de l'Etang ; une rue de l'Etang 77 ; une rue Jeanne d'Arc 81 ; une devant le 27 de la rue Emile Gebhart ; une devant le 35 de la rue Maréchal Exelmans ; une dans le jardin du 87 de la rue du Montet ; une rue du Montet 47 ; une sur un hangar rue du Général Margueritte ; une rue Saint-Georges 9 (Chaussures Mathis ) ; une rue de la Liberté 14 ; une dans le jardin du 7 de la rue d'Auxonne ; 2 dans le jardin du 4 de la rue de la Croix-Gagnée ; une dans un jardin à l'angle de la rue d'Auxonne et du boulevard de Scarponne ; deux rue de Boudonville 20 ; deux sur le talus du chemin de fer en face du 20 rue de Boudonville ; une angle des rues de Toul et Victor Hugo ; une dans le jardin du 53 de la rue de l'Etang. Total 33.
..L'avion abattu à Millery l'a été par le lieutenant Marty dont c'est la 5e victoire.
..A 20 heures 1/2, attiré par des cris d'ivrognes, je vais sur la Place Nationale et je vois 3 canonniers en état d'ivresse. Ils refusent de me donner leur nom. J'en empoigne un qui, en se débattant, me fait tomber et me casse ma pipe dans la bouche. Je finis par l'atteindre : c'est Jules Toulouse, de la 5e batterie du 39e. Aucun canonnier n'a voulu me préter main forte. Je rentre couvert de boue, les mains écorchées, et la luette perforée par le tuyau de ma pipe. Le docteur Douriez me panse, adjuge huit jours de prison à l'infirmier Leclerc, l'inéffable Leclerc de Viterne qui n'était pas à son poste, et je me couche à 23 heures. Les ivrognes du 2e groupe du 39e continuent à faire du bruit.

 

Samedi 20 octobre 1917 . Bourdaloue - Beaumont.
..A 4 heures 30, je suis réveillé par deux coups de canon suivis du bruit des sirènes des usines. Je me lève. Le ciel est étoilé, mais il y a du brouillard dans les fonds. Rien ne se produisant, je me recouche. A 9 heures, j'apprends par Protte qui revient de Nancy qu'un zeppelin a parcouru le front français et a été abattu par nos batteries à Chenevières près de Lunéville.
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..Louise vient déjeuner. Nous mangeons une friture prise à l'épervier par le proprio. Nous allons ensuite visiter la "nouvelle usine" de fabrication d'obus où M. Aerts nous guide à travers les ateliers.
..Le bruit court que, la nuit dernière, il s'agit d'un raid de 6 zeppelins qui se dirigeaient vers le Creusot. Aucun des appareils ennemis n'aurait pu repasser les lignes. Nous verrons cela demain.

 

Dimanche 21 octobre 1917 . Vaucanson - Vaux .
..Nuit très calme. Brouillard.
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20 octobre, 23 heures : "Dans la nuit du 19 au 20, un certain nombre de zeppelins ont survolé le territoire français sans causer de dégats. Canonnés à leur passage par nos postes de défenses antiaérienne, plusieurs de ces appareils dispersés ont été descendu en flammes à Saint-Clément, à 10 kilomètres sud-est de Lunéville. Le second, attaqué par nos avions, a du atterrir près de Bourbonne-les-Bains. Son équipage a été fait prisonnier. L'appareil est intact. Deux zeppelins désemparés attaqués par nos avions et nos postes de défense ont descendu la vallée de la Saône et ont atterri dans la région de Sisteron. Les équipages ont incendié les appareils et tenté de fuir, mais ils ont été fait prisonniers."
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..A 18 heures 1/2, au moment où nous mettons la table, deux coups de canon d'alarme et les sirènes de l'usine de Pompey. Avant qu'on ait eu le temps de se garer, deux bombes font trembler la maison. Canonnade, mitrailleuses, une demi-douzaine de bombes sur les usines de Pompey, après quoi tout rentre dans le calme et nous dînons tranquillement. Le reste de la nuit est paisible.

 

Lundi 22 octobre 1917 .
..Brouillard assez épais. A 4 heures 1/2, quelques coups de canon. Les deux bombes d'hier sont tombées sur le crassier de Pompey.
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..Les aviateurs allemands qui ont survolé hier Nancy et la vallée de la Meurthe, ont laissé tomber des papiers écrits les uns en Allemand, les autres en Français, par lesquels ils demandent des nouvelles des trois aviateurs tués à Millery.
..Je rencontre le commandant Beauville qui me dit que c'est la France qui, jusqu'à présent, fournit tout aux Américains. Ceux-ci construisent leurs usines. Ils éprouvent à la création de leur armée les plus grandes difficultés, notamment pour les cadres. Les Anglais, eu, disposaient des officiers et gradés de leurs troupes coloniales. Les Américains n'ont rien de pareil et ne seront pas prêts avant le mois d'août 1918.

 

Mardi 23 octobre 1917 .
..Ciel nuageux ; temps assez doux.
..A Frouard, le Génie, toujours plus idiot, termine la construction d'un beau hangar jeune est bien visible entre le village bas et le village haut. Frouard aura ainsi toutes les chances possible d'être bombardé.
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..Je reçois une note confidentielle n°2397 de la 39e D.I. La commission de contrôle postale signale que, malgré les ordres donnés, et répétés, des militaires continuent à utiliser la poste civile pour l'expédition de leur correspondance. Les majors de cantonnement et la Prévôté (pour le cantonnement de Custines) feront exercer une surveillance discrète des abords des bureaux de poste pour que les militaires qui en feraient usage soient immédiatement reconnus et punis. Si la poste militaire ne mettait pas 4 jours à transporter une lettre pour Nancy (9 kilomètres) les militaires ne s'amuseraient pas à payer 15 centimes quand ils peuvent correspondre gratuitement.
..A partir de 15 heures, le brouillard se change en pluie.

 

Jeudi 25 octobre 1917. Turgot - Tahure
..La pluie tombe abondamment. On dit qu'une vingtaine d'Arabes ont été massacrés devant les usines où se trouve leur baraque. C'est une honte de laisser ainsi des êtres humains sans abri ; on les traite comme des bestiaux. Nous avons au moins la ressource de descendre dans les caves civiles.
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..Hier, pendant le bombardement par avions, nous avons constaté, une fois de plus, une lumière suspecte aux usines de Pompey. Cette lumière était rouge. Un avion boche a fait voir une lumière verte. Aussitôt, celle de Pompey, de rouge, est devenue verte et 3 bombes ont été aussitôt jetées. Je signale le fait, sans d'ailleurs avoir la naïveté de croire qu'on fera quoi que ce soit.
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..Nous avons à déjeuner le Commandant Guillot chef d'état-major de la 40e D.I. qui est à Marbache. Personnage très réactionnaire.

 

Vendredi 26 octobre 1917 . Yvon Ypres .
..Temps couvert. Assez forte canonnade pendant la nuit

 

Samedi 27 octobre 1917 .
..Pluie abondante pendant la nuit.

 

Dimanche 28 octobre 1917 .
..Temps couvert.
..Le 23 octobre, la 8e Armée me transmettait, avec ordre de faire une enquête et de prononcer des sanctions, une plainte du gardien de batterie préposé au dépot de stockage de munitions de Marbache. Ce sous-officier s'était plaint de ce que le maréchal des logis Henry, de la 2e S.M.A. venu le 12 chercher des obus, avait fait sauter des couvercles à coups de pioche et détérioré des caisses. J'avais fait un rapport indiquant que, lorsque les caisses ont déjà servi plusieurs fois, les vis ne sont plus vissées, mais enfoncées à coup de marteau, d'où impossilbilité de les extraire avec un tournevis et nécessité de faire sauter le couvercle. Successivement l'A.D. et la Division avaient conclu, après moi, qu'aucune sanction ne devait intervenir. Ce matin, retour du dossier avec note du Général Gérard disant que le commandant du P.A.D. n'avait pas interrogé le gardien de batterie. Je monte à cheval et vais à Marbache où je trouve le gardien de batterie dont s'agit en conversation avec le chef d'escadron Sirieix du G.P.A. 12. Devant cet officier supérieur, j'interroge le gardien de batterie et lui demande si les caisses dont il s'agit n'étaient pas usagées et clouées. Je ne peux obtenir que la réponse suivante : " J'ai reçu ordre de signaler ceux qui font sauter les couvercles ; je les ai signalés." Cette brute me fait songer au gendarme Labourbourax, héros de Courteline. Je hausse les épaules et rentre faire un nouveau rapport dans lequel je signale l'imbécillité solennelle du sous-officier.
..Pluie torrentielle tout l'après-midi.

 

Lundi 29 octobre 1917 . Caron - Cerny .
Temps couvert .
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..Le temps s'est éclairci ; la lune brille . A 17 heures 50, la sirène des usines se fait entendre et à 19 heures arrivent les avions qui jettent leurs bombes sur les usines de Pompey. A 21 heures, le "passage" est terminé. La canonnade a été vive au dessus de Nancy.
..Je reçois l'ordre de partir de Frouard le 3 novembre pour aller à Pagny-sur-Meuse et Lay-Saint-Remy.

 

Mardi 30 octobre 1917 . Louvois - Laffaux .
..Gelée blanche.
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..Je vais à Nancy où je vois passer un convoi d'autos pleins d'Américains allant du côté de Lunéville. Un gendarmes vient recueillir ma déposition au sujet d'une rixe qui a eu lieu hier soir devant un café de Frouard et dans laquelle une brute a cassé la jambe à un autre ivrogne.
..A 19 heures, séance d'avions, bombe sur l'usine de Pompey, tirs de 75 et de mitrailleuses, chute de caffuts sur le toit, etc. Un de nos avions circule longtemps au dessus des usines et s'éclaire. Nancy a encore reçu 4 bombes.

 

Mercredi 31 octobre 1917 . Cassini - Carso .
..Temps brumeux.
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..Journée calme. Cette nuit, des avions ennemis ont bombardé Nancy et la région au nord. Un blessé ; des dégats insignifiants.
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..Temps couvert, soirée tranquille.

 

Jeudi 1er novembre 1917 . Boisay - Bayonne .
..Brouillard très épais.
..A 20 heures, alerte. La lune est pleine et le ciel pommelé. Jusqu'à 23 heures, nous assistons au passage d'un certain nombre d'avions boches qui vont déverser chacun 5 bombes sur Nancy, après quoi ils reviennent en suivant la vallée de la Meurthe. La cave du propriétaire Parisot est pleine des gens du quartier. Froid assez vif. A 23 heures 1/2, les gens sortent des caves mais les sirènes des usines se font encore entendre, et la séance reprend jusqu'à minuit.

 

Vendredi 2 novembre 1917. Talleyrand - Tilsitt .
..Il pleut.
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..D'après les renseignements recueillis à Nancy ce matin par mon cuisinier, les bombes entendues hier soir seraient tombées sur l'aérodrome du plateau de Malzéville où elles auraient détruit trois avions, et sur la brasserie de Champigneulles.

 

Source : Notes de guerre dactylographiées du Général Larcher. 533 p.Cour d'Appel de Nancy

 

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