création : 18 septembre 2010
dernière modification : 20 mai 2017

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Dans un de ses mémoires Auguste Digot, date la chapelle du XIVe siècle, car selon lui elle en présente les caractères, et n'exclut pas la possibilité de la préexistence d'une chapelle plus ancienne.

 

Chapelle Saint-Euchaire

Bibliothèque Municipale Stanislas de Nancy (cote FG7 POM8)
- Photographie : Jean-Luc GOURET. Avril 2011 -

 

Sur la façade occidentale de la chapelle, à la droite de la porte sur le dessin, se lisait une inscription latine et une inscription française :

Ex catholonie regis prosapia Bacci et jentrudis editi sunt nobilissimi
sanctique subepti videlz (videlicet)
sens Eucharius, santus Elophins, sca Libaria,
qr (qorum) dinis suffragius et gloss (gloriosis);
mertis en ipsis associem. colis (eum ipsis associemur in coelis)

  Pour lamour du creatour
Ici en cest lieu et alentour,
Nobles barons, chevaliers, et champions de la foy,
De la vie eternelle ayans la soif,
Desquels le mireur et exemplaire
estoit monsieur sainct Eucaire,
Par Waldres, sarasins et paiens
Estans avec lappostat Julien,
Vingt deux centz par nombre,
Sont ici mis en comble ;
En lan IIIe.L.XII.
La Xe Kalende de may,
Furent luis mis en ceste macle.
Hij felices prelibali Juliani gladio sont truncali.

 

Chapelle Saint-Euchaire

Bibliothèque Municipale Stanislas de Nancy (cote FG7 POM8)
- Photographie : Jean-Luc GOURET. Avril 2011 -

 

.« La chapelle avait une forme rectangulaire de 11 m sur 7. La voûte devait être en berceau, les murs qui faisaient culées avaient 1,10m d'épaisseur.
La lumière pénétrait par deux fenêtres larges de 0,43 m et une seule baie ogivale du XIIe siècle.
Une balustrade de 8 pieds de haut séparait le chœur de la petite nef où deux grands bancs étaient installés pour les pèlerins.
L'autel était en pierre avec ornement en bois peint ; les garnitures composées de chandeliers et de vases en bois. A droite et à gauche de l'autel, dans le mur on voyait deux renfoncements dont l'un avait une piscine (bassin creusé dans la pierre et de faibles dimensions). Quelques ossements de Saint-Euchaire étaient exposés à la vénération des fidèles dans un reliquaire en bois , devant lequel on allumait de temps en temps une lampe d'étain suspendue à la voûte. Deux crucifix en bois peint, deux statues en pierre de la Vierge et de Saint-Euchaire et six tableaux (la Cène, Saint-Euchaire, et quelques autres saints) complétaient le mobilier.
Sur la porte, un écusson losangé portait une signature illisible d'un restaurateur de la chapelle ; peut-être la famille de Bouxières qui portait l'écu losangé d'argent et de sable..

Au-dessus de la chapelle, dans un petit beffroi était suspendue une cloche pesant 80 livres, fondue en 1657. Elle y était encore en 1792. »
(Extrait du livre Pompey sous l'Avant-Garde de Lucien Geindre, 4e édition)

 

A l'origine existait seule une chapelle. Par la suite un ermitage fût bâti juste à côté. Son occupation était discontinue.

chapelle en 1725

Détail d'un tableau du peintre lorrain Claude Jacquart de la vallée de Frouard et Pompey
vers les années 1720. On peut y voir les deux bâtiments côte à côte.
- Photographie Jean-Luc GOURET. Octobre 2010 -
Musée Lorrain à Nancy (www.musee-lorrain.nancy.fr)

 

Longtemps, elle a été desservie par un chapelain qui reçoit pour honoraires une rente annuelle de quatre sols, deux deniers, prélevée sur les produits du bac de la rivière (Titre de l'an 1316).
Plus tard, le petit bâtiment annexé à la chapelle, fut occupé par des solitaires laïques, tandis que celle-ci devint un but de pèlerinage où l'on se rendait processionnellement le mercredi des Rogations, et où le curé de Pompey célébrait la messe.


Dans les registres paroissiaux ont été annotés les décès de quelques ermites :

En 1678
Le 5 mars 1678, mourut le frere Alexandre Piot, ermite à Saint-Euchaire, et fut enterré le 9 en son ermitage.

En 1701
Le quatorzieme de juin mil sept et un est mort nicolas syndon hermitte de St Euchaire apres avoir receu pieusement tous les sacrements et est inhumé en la ditte chapelle de St Euchaire.

En 1725
Le 18e avril est decedé frere Dominique hermitte à St Euquaire apres avoir receust les Sacrements de penitence Eucharistie, et d'extreme onction age de 68 ans ou environ, lequel a este Inhume dans le simetiere de Pompey avec les Ceremonies ordinaires par nous Curé soussigné le dit jour.

En 1764
L'an mil sept cent soixante quatre le [blanc] du mois de may est decedé en cette paroisse le frere antoine hermite de St-Euchaire, appellé Jean Jacques Jolbert agé de quatre vingt cinq ans après avoir ete confessé, receu le sacrement Eucharistique et l'extreme onction et ayant fini avec edification une aussi longue carriere ; son corps a été inhimé le lendemain dans l'église de cette paroisse et du coté l'Epitre avec les ceremonies prescrites par la Ste Eglise, en presence de monsieurs sousignés.

 

En 1789, les biens ecclésiastiques sont déclarés bien nationaux et sont destinés à être vendus par le ministère public. Un inventaire à lieu.

En août 1790 deux frères ermites de 28 et 30 ans y demeurent toujours. Lors de la création de la Garde Nationale de Pompey, François Latraye alors garçon tissier résidant à ce lieu, y est incorporé et perçoit un fusil. Cette arme, venant du marquis de Lattier, est remise par Alba de Viller, commandant de la Garde de Pompey, sous le cautionnement des ermites de Saint-Euchaire(4).

En vue d'une vente aux enchères, un expert est mandaté pour réaliser une évaluation et une estimation du site de l'ermitage qui est possédé jusqu'à ce jour par les ermites. Celle-ci est réalisée le 15 nivôse de l'an 2 par Dominique Saunier, arpenteur géomètre de l'administration forestière de Nancy. Il effectue le tour de la propriété en compagnie de 2 officiers municipaux de Pompey.

En voici sa description (1):

Les bâtiments consistent en une chapelle d'environ trente pieds de longueur sur 20 pieds de largeur. Elle est voutée et pavée en pierre de taille. Une cloison à claire-voie [clair-voye] en sépare la partie du sanctuaire à droite et adjaçent à cette chapelle est le corps logis formant équerre dont la première pièce est un vestibule dans lequel se trouve la descente de cave ; en face est un laboratoire de tisserand éclairé par deux petites croisées dont on a cassé quatre barreaux de fer et brisé une des vitres ; à droite du vestibule est un bûcher dont l'aire ainsi que des deux pièces précédentes est en terre.
Du vestibule on passe dans une allée qui conduit au jardin à gauche de laquelle est une porte de communication à la chapelle, à droite est la cuisine qui n'en est séparée que par une cloison en planche de sapin : elle est pavée, éclairée par une croisée sur la vigne et une plaque de fonte au contrecœur de sa cheminée.

Derrière la cuisine est un cabinet boisé à hauteur d'appui, l'aire et les cloisons en plancher de sapin éclairé par une petite croisée dont on a enlevé les trois barreaux de fer.

Ensuite est une chambre à four qui n'en est séparée que par deux cloisons susdites en plancher de sapin en sorte qu'à proprement parler deux pièces n'en qu'une le four est en bon étét ainsi que la petite croisée qui se trouve vis à vis.

On monte au premier par un escalier en bois construit à côté de la cuisine. Il est divisé en trois petites cellules le surplus en faux grenier ainsi que sur la voûte de la chapelle

Tout ces bâtiments excepté la chapelle sont en fort mauvais état et de peu de valeur.

La vigne contient environ dix huit homées y compris l'emplacement des bâtiments, les haies et fossé de clôture ; elle est dans le plus mauvais état n'ayant pas été cultivée l'année dernière et en outre par sa situation très sujette à la gelée.

L'ensemble de cet héritage est enclavé dans un paquis appartenant à la dite commune de Pompey et situé prés la rivière de Meurthe (NDLR : le géomètre ne semble pas connaître cette région, il ne s'agit pas ici de la Meurthe mais de la Moselle)

Tout cet ensemble est évalué à 1500 livres


Des affiches annoncants la vente sont placardées dans tous lieux accoutumés du territoire du District et dans tous les chefs-lieux des Districts et Villes du département, notemment à Toul, Pont-à-Mousson, Château-Salins, Sarrebourg, Lunéville, Blâmont, Vézelise, Rosières, St-Nicolas et Pompey.
La mise à prix du lot Chapelle et Ermitage est de 2400 livres. Le paiement ne pourra se faire qu'en espèces, assignats ou autres papiers autorisés par le Corps législatif.

 

Le 21 nivôse an 2, le sieur Sigisbert Laguttaire, entrepreneur de bâtiment à Nancy, propose d'acheter le lot pour mille cinq cents livres si aucun acquéreur ne s'est présenté. Il n'aura pas ce lot mais sera tout de même acquéreur d'une tuilerie, des terres et des prés à Lay-Saint-Christophe.
Le 5 ventôse an 2, le maire de Pompey Alexis Pailler et Etienne Viriot demeurant à Pompey font une offre supérieure se montant à deux mille quatre cent livres.

La vente aux enchère commence, le premier feu allumé s'est éteint sur la mise de six mille livres faite par Ignace Tarillon, couvreur demeurant à Nancy. Le second feu s'éteint sans surenchère et la vente est donc adjugée à Tarillon qui fera également l'acquisition de lots de vignes à Pompey.

 

L'instituteur Eugène Beaudouin dans sa monographie sur Pompey rédigée en 1888, rapporte ce souvenir d'une vieille dame de la localité :
« Vers 1810, l'ermitage de Saint-Euchaire, inoccupé depuis longtemps se retrouva habité par des religieux venues on ne sait d'où. Ces nouveaux venus avaient l'apparence de la plus grande dévotion et ils étaient très affables. Il ne se passait pas de jour sans qu'ils engageassent les habitants qu'ils rencontraient à aller les voir.
..Un soir, à la tombée de la nuit, quelques personnes se rendirent à l'invitation répétée des ermites. Comme elles arrivaient à l'entrée de la chapelle, elles virent quatre des religieux sortir de l'ermitage, portant un cadavre et se dirigeant vers la forêt. Les visiteurs n'allaient pas plus loin, ils s'enfuirent sans s'inquiéter si les ermites les avaient vu ou non.
..Le lendemain , l'ermitage était de nouveau désert : les religieux, qui n'étaient que des voleurs de grands chemins étaient partis prier ailleurs.
»

 

Les classements parcellaires de la commune de Pompey, datés de 1811, nous apprennent que les deux bâtiments, ainsi que son jardin et sa vigne appartiennent à Jacques Miroménil, architecte à Nancy.

En 1847, la chapelle est la propriété de Victor François Foller, comme il est noté dans la rédaction d'un bail de 9 ans relatif à la ferme de Pompey appartenant à la même personne et louée par le Sieur Dominique François Henry et son épouse.(2)

En 1850, un article du journal de la Meurthe du dimanche 11 août nous informe que la chapelle sert de grenier à fourrage.

En 1874, le terrain contenant la chapelle est racheté par messieurs Dupont et Dreyfus qui agrandissent ainsi leurs forges et aciéries.

Elle bénéficie tout de même d'un entretien. En 1900, un accident se produit lors de la réfection de sa façade. En voici le récit fait dans l'Est Républicain du dimanche 20 mai 1900:

« Trois ouvriers maçons, occupés à recrépir l'ancienne chapelle Saint-Eucaire, sont tombés de l'échafaudage, une traverse qui la soutenait s'étant rompue. L'un d'eux put s'accrocher à une corde, le second tomba sur un bac à mortier, qui amortit le choc. Quant au troisième, M. Lucien Collin, 40 ans, de Frouard, il tomba, assis sur une pile de lingots. On craint pour lui de graves lésions internes. »

 

 

Bâtiment construit sur les fondations de la chapelle Saint-Euchaire ogive sauvée par les maçons lors de la destruction du bâtiment en 1929

L'habitation tombant en ruine, elle est rasée. Peu de temps après, un incendie détruit la chapelle.
Ci-dessus, photographie datant de septembre 1927 (3). Cet édifice fut élevé sur les fondations de la chapelle Saint-Euchaire. Il servit tout d'abord comme écurie pour les chevaux de l'usine puis fut le bâtiment des tours à cylindre du train de 800. Enfin le bâtiment fut détruit en 1929 pour permettre l'extension de l'usine.
Sur la façade avant du bâtiment, nous pouvons distinguée l'ogive sauvée lors de la destruction et offerte en 1968 au musée de Pompey par la direction de l'usine. Elle fut intégrée dans un mur intérieur du nouveau musée de Pompey.

 

Cuisine de vigneron - musée de Pompey

Photographie extraite de la collection particulière de Lucien Geindre.
Numérisation : Jean-Luc Gouret

L'ogive sauvée de la destruction de la chapelle Saint-Euchaire a été intégrée (ici à gauche de l'image) dans la cloison séparant l'entrée de la cuisine vigneronne reconstituée en 1977 dans le musée de Pompey par Lucien Geindre.

 

 

(1) Arch. dép. de Meurthe-et-Moselle, [1 Q 482-2]. D. R.

(2) Arch. dép. de Meurthe-et-Moselle, [5 E 134 follio 85]. D. R.

(3) Arch. dép. de Meurthe-et-Moselle, [1 Q 24 74]. D. R.

(4) Arch. dép. de Meurthe-et-Moselle, [AC 429 2 8]. D. R.

 

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